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La phobie scolaire

Refus scolaire anxieux : comprendre ce que l’on appelle encore souvent « phobie scolaire »

Quel est donc ce mal étrange qui semble toucher de plus en plus d’enfants ? Comment est-ce possible ? Avoir peur de l’école ? Être malade de l’école ? Les parents sont bien faibles de se laisser mener par le bout du nez et de céder à tous les caprices de leurs enfants !!!

Voici une phrase bien souvent entendue, ou parfois simplement pensée, face à un enfant qui ne parvient plus à se rendre à l’école.

Alors aujourd’hui, j’ai décidé de vous expliquer ce que l’on appelle encore très souvent la « phobie scolaire », mais que l’on désigne plus justement aujourd’hui par le terme de refus scolaire anxieux.

Il s’agit d’une réalité encore mal comprise, parfois taboue, qui doit être prise au sérieux afin d’accompagner au mieux les jeunes concernés et leurs familles.

Un refus scolaire anxieux

Le Dr Hélène Denis, pédopsychiatre au CHU de Montpellier, utilise aujourd’hui le terme de refus scolaire anxieux pour aborder cette problématique. Le CHU de Montpellier lui a d’ailleurs consacré en 2025 un module spécifique sur les troubles anxieux de l’enfant et de l’adolescent.

Il est important de préciser que le refus scolaire anxieux n’est pas, en lui-même, un diagnostic psychiatrique unique. Il décrit une situation dans laquelle la fréquentation scolaire devient extrêmement difficile, voire impossible, en raison d’une détresse anxieuse importante.

Derrière ce refus peuvent se trouver des problématiques différentes : anxiété de séparation, anxiété sociale, anxiété de performance, trouble panique, trouble anxieux généralisé, mais également d’autres difficultés psychologiques ou environnementales. Chez l’enfant et l’adolescent, l’anxiété s’accompagne fréquemment de conduites d’évitement et peut avoir un retentissement important sur la vie scolaire, familiale et sociale.

Il n’y a donc pas deux histoires identiques.

Mais un paradoxe revient très souvent : le jeune peut souhaiter poursuivre sa scolarité, réussir, retrouver ses camarades ou reprendre une vie « normale », tout en étant momentanément incapable de franchir la porte de son établissement.

Ce n’est pas nécessairement l’école, au sens strict, qui lui fait peur. Ce peut être ce qu’il anticipe lorsqu’il doit y retourner : échouer, être interrogé, être jugé, croiser certains élèves, quitter ses parents, ne pas réussir à contrôler une crise d’angoisse, se confronter à ses difficultés ou simplement revivre une situation devenue anxiogène.

Et son corps peut alors parler très fort.

Maux de ventre, nausées, diarrhées, maux de tête, troubles du sommeil, difficultés alimentaires, sueurs, irritabilité, difficultés de concentration, crises d’angoisse ou sentiment d’insécurité peuvent accompagner les troubles anxieux chez l’enfant.

D’autres manifestations doivent en revanche être considérées comme des signaux de gravité et non comme de simples symptômes du refus scolaire anxieux : retrait massif, état dépressif sévère, scarifications, troubles alimentaires importants, idées suicidaires ou mise en danger nécessitent une évaluation et une prise en charge spécialisées.

Nous sommes donc très loin de l’enfant capricieux ou comédien que l’on imagine parfois.

Mais quelles sont les origines d’une telle situation ?

Il n’y a pas deux histoires identiques et il serait dangereux de chercher une cause unique au refus scolaire anxieux.

Dans certains parcours, on retrouve une longue période pendant laquelle le jeune a tenu, compensé, caché ses difficultés ou fourni énormément d’efforts pour s’adapter. Puis, à un moment donné, l’équilibre devient impossible à maintenir.

Chez certains jeunes peuvent également être associés des difficultés ou troubles des apprentissages, un trouble neurodéveloppemental, une anxiété ancienne, une grande anxiété sociale ou de performance. Dans d’autres situations, on retrouve un harcèlement, des difficultés relationnelles, un changement d’établissement, une séparation familiale, un événement traumatique ou une accumulation de facteurs. Et parfois, aucune cause unique ne peut être identifiée.

Autrement dit : un refus scolaire anxieux n’est pas automatiquement le signe d’un HPI, d’un TDAH, d’un TSA ou d’un trouble dys. Ces particularités peuvent exister chez certains jeunes et contribuer à leur histoire scolaire, mais elles ne doivent jamais être supposées d’emblée.

C’est précisément pour cela qu’il faut comprendre le fonctionnement singulier de chaque jeune.

Marie, 19 ans, témoigne.

Elle se souvient que tout a commencé au CM1, année de la séparation de ses parents et surtout année où elle a été victime de racket.

Elle a continué comme elle a pu et, en 4e… ce n’est plus possible.

Des violences de la part d’autres jeunes, non reconnues par les adultes dont elle attendait de l’aide, un mal-être de plus en plus profond, puis une impossibilité totale à aller en cours.

Les choses s’enchaînent : changement de collège, léger mieux qui ne dure pas, puis cours à la maison en SAPAD.

Marie veut travailler avec les animaux. Elle se dirige alors en seconde vers une section professionnelle, pensant y trouver davantage sa place.

Elle continue pourtant à subir des crises d’angoisse de plus en plus importantes. Elle n’arrive presque plus à sortir de sa chambre.

Elle est alors orientée vers une structure spécialisée pour les jeunes à haut potentiel, ZEBRA, avec l’objectif de retrouver progressivement une dynamique d’apprentissage, l’envie de découvrir et une motivation personnelle et scolaire.

Elle termine l’année, alternant les soins à l’hôpital et sa scolarité, puis reprend son bac professionnel où elle ne trouve toujours pas sa place.

Elle effectue finalement une transition vers une première générale au CNED. Cette fois, elle ne veut plus, et surtout ne peut plus, être dans une structure scolaire classique.

Marie reste très anxieuse, mais elle travaille chez elle jusqu’à ce qu’elle intègre une section spécifique dans un micro-lycée.

Elle y rencontre d’autres adolescents ayant eux aussi connu des parcours scolaires difficiles. Il y a peu d’heures de cours, le CNED est utilisé en parallèle, les jeunes se soutiennent et sont accompagnés par des enseignants investis.

Marie avance.

Arrive le bac.

Toujours au micro-lycée, Marie est reçue avec une mention Très Bien et acceptée dans une classe préparatoire BCPST pour tenter de réaliser son rêve : devenir vétérinaire.

La marche est trop haute. Elle arrête au bout d’un mois, épuisée.

Mais elle a essayé.

Et surtout, son histoire ne s’arrête pas là. Elle poursuit sa thérapie, continue à travailler sur son anxiété et prépare un nouveau projet pour intégrer une école vétérinaire en Espagne.

Le parcours de Marie ressemble à celui de nombreux jeunes qui, après avoir tenu parfois très longtemps, finissent par ne plus réussir à s’adapter aux exigences qui pèsent sur eux.

Ils peuvent alors s’isoler, perdre confiance et voir leur vie scolaire, familiale et sociale profondément bouleversée.

Mais l’histoire de Marie montre également autre chose : un parcours peut se reconstruire.

Pas forcément de manière linéaire. Pas forcément en reprenant exactement le chemin qui avait été imaginé initialement. Mais en retrouvant progressivement des possibilités d’apprendre, de se projeter et d’avancer.

Du côté des parents

Les parents sont bien sûr souvent démunis.

Ils ne comprennent pas toujours ce qui arrive à cet enfant qu’ils ont parfois vu aller à l’école pendant des années et qui, brusquement ou progressivement, ne peut plus y aller.

Ils le voient sombrer et se sentent impuissants.

Commence alors, pour beaucoup de familles, un véritable parcours du combattant : médecin, psychologue, parfois psychiatre ou pédopsychiatre, bilans et rééducations lorsqu’ils sont nécessaires, échanges avec l’établissement scolaire, recherche d’aménagements…

Obtenir des rendez-vous peut prendre du temps. Les professionnels ne sont pas toujours proches du domicile. Et une autre question se pose très concrètement : comment poursuivre son activité professionnelle lorsqu’un enfant ne peut plus être laissé seul ?

Sophie se souvient.

Noé était au CP lorsque les premiers signes d’angoisse sont apparus.

Elle a d’abord fait en sorte de réduire au maximum le temps passé à l’école en supprimant les temps périscolaires et la cantine.

En CE1, des attaques de panique conduisent à un premier épisode de déscolarisation. Noé enchaîne alors les crises de larmes et les malaises vagaux, puis revient progressivement en classe avec un emploi du temps aménagé.

La rechute est sévère en CM1.

C’est une véritable descente aux enfers.

Noé devient apathique, communique peu, ne mange plus, ne dort plus, ne joue plus et tient des propos suicidaires.

Il n’a que 9 ans.

Sophie et son mari sont tous les deux médecins. Ils ont heureusement un relais familial qui leur permet de veiller sur Noé lorsqu’ils travaillent.

Noé est pris en charge à l’hôpital puis débute une thérapie cognitivo-comportementale avec un psychologue. Il bénéficie également d’un traitement médical et récupère progressivement.

Les prises en charge psychologiques, et notamment les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), font partie des traitements de première intention des troubles anxieux de l’enfant et de l’adolescent lorsqu’il n’existe pas de signe de gravité. Les situations sévères ou qui évoluent défavorablement nécessitent en revanche un avis spécialisé.

Les parents de Noé choisissent de ne plus le scolariser dans le système primaire classique et il intègre l’année suivante une école démocratique hors contrat, dans laquelle il reste un peu plus de deux ans.

Il y retrouve progressivement confiance.

À sa demande, il retourne ensuite dans un établissement classique en 5e, avec un aménagement progressif du temps scolaire.

La famille de Noé a eu la chance d’avoir un relais familial. Ce n’est pas toujours le cas.

Certains parents réduisent ou interrompent leur activité professionnelle et les conséquences familiales, organisationnelles et financières peuvent devenir considérables.

Dans certaines familles, les évaluations mettent également en évidence un trouble des apprentissages, un trouble neurodéveloppemental ou d’autres particularités de fonctionnement qui permettent de mieux comprendre une partie du parcours du jeune.

Dans d’autres, aucune étiquette unique ne vient expliquer à elle seule cet empêchement à fréquenter l’école.

L’important reste alors de comprendre les facteurs qui entretiennent la difficulté et de coordonner les différents accompagnements.

Les interlocuteurs

Il ne faut surtout pas rester isolé face à ces situations complexes.

Le médecin traitant ou le pédiatre peut constituer un premier interlocuteur et orienter, selon les besoins, vers un psychologue, un psychiatre ou un pédopsychiatre. L’Assurance Maladie rappelle d’ailleurs que les troubles anxieux légers à modérés peuvent relever d’une prise en charge de première ligne, tandis que les formes sévères, le risque suicidaire, le retrait majeur ou l’absence d’amélioration nécessitent une prise en charge spécialisée.

L’établissement scolaire a également une place essentielle. Selon la situation et son retentissement, un travail peut être engagé avec l’équipe éducative, la médecine scolaire et les différents professionnels impliqués afin de réfléchir aux conditions de poursuite ou de reprise de la scolarité et aux aménagements nécessaires.

Les associations peuvent aussi être précieuses pour rompre l’isolement des familles, partager des expériences et orienter vers des interlocuteurs locaux.

Un coach scolaire ou psychopédagogue formé à ces situations peut également intervenir, en complément et jamais en remplacement des soins lorsqu’ils sont nécessaires.

Son rôle n’est pas de diagnostiquer ni de traiter le trouble anxieux.

Il peut en revanche aider le jeune à maintenir ou retrouver un lien avec les apprentissages, travailler la confiance et le sentiment de compétence, identifier les situations scolaires particulièrement coûteuses, construire progressivement des stratégies adaptées, aider à formuler les besoins et soutenir les échanges avec la famille et l’établissement scolaire.

Il peut également accompagner la famille dans la préparation des rencontres avec l’équipe éducative et dans la compréhension des différents aménagements possibles.

Dans ce type de situation, le travail en réseau est essentiel : jeune, parents, école, professionnels de santé et professionnels de l’accompagnement doivent autant que possible avancer dans une direction cohérente.

Après le refus scolaire anxieux

Lorsqu’on le vit de l’intérieur, le refus scolaire anxieux peut donner l’impression que tout s’est arrêté.

La scolarité. Les projets. Les relations avec les autres. Parfois même toute la vie familiale semble organisée autour de cette impossibilité d’aller à l’école.

Pourtant, une évolution favorable est possible.

Certains jeunes retrouvent progressivement leur établissement. D’autres reprennent d’abord quelques heures. Certains ont besoin d’un autre cadre scolaire, d’enseignement à distance, d’un établissement adapté ou simplement de temps pour se reconstruire avant de reprendre.

Il n’existe pas un parcours unique.

Et le retour à l’école ne doit pas être le seul indicateur de progrès.

Recommencer à sortir de chez soi, renouer avec les autres, retrouver un rythme, se remettre à apprendre, accepter d’essayer, imaginer de nouveau un projet : tout cela fait déjà partie du chemin.

L’objectif n’est pas de revenir à tout prix à « la vie d’avant ».

Il est d’aider le jeune à retrouver suffisamment de sécurité, de confiance et de ressources pour pouvoir progressivement reprendre sa place dans les apprentissages, dans ses relations et dans son propre projet de vie.

Et cela peut prendre du temps.

Mais ce temps n’est pas nécessairement du temps perdu.

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